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L’épopée des grands vins australiens

Je vais vous raconter une histoire, la belle épopée du vin australien. C’est une histoire qu’il faut lire un verre à la main.

L’Australie, île-continent dont la surface est vaste, ne se trouve pourtant qu’à la 10ème place parmi les pays viti-vinicoles, juste derrière la Roumanie, avec 146 000 ha de vignes[1]. Elle est toutefois 6ème en volume et surtout, elle est une championne de l’export puisqu’elle se place 4ème, juste derrière le trio européen (France, Italie, Espagne) en valeur. Les vins australiens sont dégustés dans le monde entier. Si l’Australie connait un tel succès, c’est qu’il ne fait aucun doute aujourd’hui pour les amoureux du vin et autres fins connaisseurs qu’elle est une terre de grands vins.

Les « Chardies » de Margaret River, les « Cabs » de Coonawarra, les Rieslings d’Eden et Clare Valley ou encore les Semillons hallucinants de la Hunter Valley. Et parmi ces vins qui nous émerveillent, la Shiraz en particulier, est bel et bien capable de tenir tête aux grandes Syrahs rhodaniennes, si différentes soient-elles. Véritables bombes aromatiques, leur richesse, leur densité, leurs arômes de cerise confite, de réglisse, de cacao, font de certains de ces vins les plus sensationnels du monde. Et les plus chers.

Vous avez dit « Shiraz » ?

Lorsque la Syrah est introduite en Australie dans les années 1830 par James Busby, le « père » de la viticulture australienne, elle est sans doute introduite sous la mauvaise orthographe : « scyras », ou encore « Ciras ». Ajoutez à cela l’accent australien, unique en son genre, leur petit faible pour l’argot et les diminutifs et vous obtenez l’« Aussie Shiraz » en un tour de langue.

Il était une fois…PENFOLDS

C’est l’histoire d’un jeune homme de 33 ans s’en revenant du continent européen vers sa terre natale, l’Australie. Ce jeune garçon, c’est Max Schubert, sans doute le personnage le plus célèbre de l’histoire du vin australien. Garçon de la Barossa, embauché par Penfolds[2] comme coursier quelques années auparavant, il en devient dès 1948 le directeur technique. À cette époque, l’Australie est un grand consommateur et producteur de vins fortifiés, tradition datant de ses prémices vinicoles. Penfolds en est un des acteurs majeurs depuis sa création, un siècle plus tôt, par le docteur Christopher, qui en distribuait à ses patients anémiques comme il était de coutume à l’époque.

En 1950, alors que Schubert est chargé de parcourir l’Europe pour s’inspirer des techniques de vinification des vins mutés[3] d’Espagne et du Portugal, il découvre, lors d’un petit détour par Bordeaux, les grands vins rouges de cette région et leur potentiel de garde exceptionnel.

De retour sur les terres de son enfance, il se met en quête de matière première car, il en est certain, il veut produire un grand vin australien, capable de vieillir pendant 20 ans, capable de rivaliser avec les vins du « vieux monde », célèbres pour leur finesse, leur bouquet, leur longévité. Durant plusieurs années, il va se consacrer corps et âme à ce projet qui verra bientôt naître une légende.

Max Schubert où l’idée de créer grand vin

La recette de cette potion : à la place du Cabernet sauvignon, mettre de belles grappes de Shiraz de la Barossa et ses alentours, ajouter une bonne dose de bois neuf américain plutôt que français, un soupçon de savoir-faire à la française, un zeste de technique de précision développé par Penfolds, le tout assaisonné d’un nom glamour, celui de Penfolds Grange Hermitage, inspiré de l’un des petits noms de la Syrah en Australie. Un nom qui lui sera retiré en 1989[4].

Enfin, lorsqu’en 1957, le conseil de Penfolds se réunit pour déguster ce vin tant attendu, la sentence est lourde : Max doit cesser la production de ce vin qui ne rencontre pas le succès qu’il espérait. Bien au contraire, il est sévèrement jugé, humilié même : « Schubert, je vous félicite. Un très bon porto sec, en somme, que personne de sain d’esprit ne saurait acheter, encore moins boire » assène un célèbre critique. Un autre le décrit comme « un porto sec, aux arômes de fourmis écrasées » ! C’était la mort de Grange, la mort du rêve de Schubert.

La consécration pour Penfolds

Mais il en faudra plus pour faire renoncer Max et par chance, dans ce pays long de 4 000 km, le conseil siège à Sydney, à 1 400 km de la Barossa Valley et de Penfolds. Ainsi, de 1957 à 1959, une petite troupe de rebelles poursuit en secret la production de ce vin incompris. Pendant ce temps, quelques bouteilles de Grange circulent et s’échangent et doucement, la rumeur d’un grand vin se murmure à travers le pays.

En 1962, alors que le conseil avait ordonné la reprise officielle de la production, le millésime 1955 de Schubert s’offrait 50 médailles et trophées. En 2000, le millésime 1955 était cité parmi les grands vins du siècle par le Wine spectator. C’est en 2018 que l’une des 2 000 bouteilles produites par Schubert en 1951 se vend 80 386 AUD aux enchères, devenant ainsi la bouteille la plus chère de l’histoire du vin australien. Quel renversement de situation ! Ainsi, naissait Penfolds Grange Hermitage, aujourd’hui connu dans le monde entier sous le nom de Penfolds Grange Bin 95[5]. Ce vin décrié, devenu l’un des plus collectionné au monde.

Grâce à Grange et sa réputation grandissante, la Shiraz, qui était alors cultivée comme une mauvaise herbe, devient peu à peu le cépage emblématique du pays, et l’un de ses symboles.

En haut de la colline, tu verras la grâce

Non loin de là se trouve une autre icône : The Hill of Grace, joyau de l’Eden Valley, sous-région de la Barossa, mais situé plus en altitude. Ce vin, produit par la famille Henschke, a lui aussi gravi les marches de la gloire pour se hisser au rang des plus grands. Il est considéré comme l’un des plus mythique du pays et a sa place parmi les vins culte. Son nom poétique est une traduction de l’allemand Gnadenberg, nom donné à la petite église qui surplombe le vignoble, construite en 1860 par des migrants, fuyant les persécutions religieuses en Silésie, en Pologne aujourd’hui. Comme des dizaines d’autres familles, les Henschke, arrivant à Adélaïde, s’installent aux abords de la Barossa, dans la fraîche Eden, ce qui confère au vin une certaine légèreté qui n’est pas toujours la norme.

Hill of Grace est un véritable vin de terroir, au sens bourguignon du terme. Alors que Penfolds Grange perpétue la tradition australienne de l’assemblage, Hill of Grace est une parcelle de 4 hectares de très vieilles vignes de Shiraz non irriguées, une rareté en Australie. 4 hectares, divisés en 7 blocs, à la manière d’un Chablis Grand Cru, lui-même composé de 7 climats. Autre singularité, alors que partout dans le monde aujourd’hui, nos ceps sont greffés sur des pieds de vigne américains, résistants au phylloxera, ce fléau dévastateur du milieu du XIXe siècle, ceux de l’Hill of Grace sont francs de pied, c’est-à-dire non greffés. Les plus vieilles de ces vignes, plantées en 1860, sont surnommées the grandfathers[6].

La famille Henschke, batisseuse de grands vins

Si l’Australie méridionale a été épargnée par le phylloxera jusqu’à aujourd’hui, elle n’est pas épargnée par la sécheresse et les incendies. Stephen et Prue Henschke, à la tête de la propriété, dans la famille depuis 1891, ont subi de plein fouet les incendies dont ont été victimes de nombreux vignobles de la région, notamment en 2020. Malgré les rendements les plus faibles de mémoire d’homme, cette année 2020 a été l’occasion de la sortie du millésime 2015, qui s’est attiré des critiques dithyrambiques de la part des journalistes du pays et outre-mer.

Conduites selon les principes de la biodynamie, ces vignes non greffées qui sont certainement les Shiraz les plus vieilles du monde, produisent un vin unique. 2015 Hill of Grace, « a vintage graced by the luminous moon »[7].

On a parfois une idée préconçue des vins du « nouveau monde ». Préférons parler des pays néo-viticoles, dont l’Australie est indubitablement un exemple. On imagine souvent des complexes viticoles démesurés, irrigant copieusement leurs vignobles largement mécanisés et dont les vins ne seraient que de pâles imitations de nos grands vins européens, dilués dans la médiocrité de leur modernisme supposé. Pourtant, même si ces monstres viticoles existent en Australie, elle regorge également de petits producteurs capables des plus grandes pépites, élaborées en quantité confidentielle. Hélas donc, ces petites merveilles du bout du monde parviennent rarement jusqu’à nos palais exigeants. Mais, de la même manière que la France est capable des pires forfaits, l’Australie est capable du meilleur. On pourrait d’ailleurs arguer que la plus grande expression de l’idée de terroir se trouve à l’autre bout du monde, sous la forme de « la colline gracieuse », de l’Hill of Grace.

Retrouvez d’autres informations sur cet incroyable vignoble australien pendant nos formations WSET (Wine and Spirit Education Trust).

Article rédigé par Annabelle Mispelblom Beijer experte vin à WiSP Campus


Minute Hollywood !

Ces deux vins ont entre autres point commun, un célèbre ambassadeur : Russel Crowe, acteur australien renommé et fin amateur de vin qui a commenté, à quelques années d’intervalle, la campagne publicitaire de l’un et de l’autre de ces grands vins :


[1] La France en possède 794 000 ha. OIV 2020

[2] Penfolds est le domaine viticole le plus influent de l’Australie méridionale, alors et encore.

[3] Vins mutés, vins fortifiés, auxquels on a ajouté une eau de vie pour en augmenter le degré alcoométrique tout en conservant, parfois, quelques sucres dits résiduels.

[4] Hermitage étant le nom protégé d’une grande AOC de la vallée du Rhône septentrionale.

[5] BIN : Batch Identification Number. Ces numéros d’identification de lot font référence à l’espace de stockage où les vins sont conservés avant d’être vendus. C’est Penfolds qui pour la première fois fait la commercialisation de ses vins sous ces références dès 1959.

[6] Les « grands-pères ».

[7] Un millésime honoré par la lune rayonnante.

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