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cigare et spiritueux

Cigares et spiritueux, plus qu’un symbole: une alliance.

Je m’intéresse à l’univers du cigare depuis presque aussi longtemps que celui des spiritueux. Si la consommation d’un alcool quel qu’il soit peut passer inaperçu, celle d’un cigare ne laisse jamais l’entourage indifférent.

A vrai dire, je ne connais aucun autre produit qui alimente autant de fantasmes et d’idées reçues. Associé à des clichés comme celui de l’homme d’affaire sans scrupules ou du nanti, la réalité de l’amateur de cigares est cependant bien différente.

Cet article n’a pas la prétention de vous délivrer « l’accord parfait », mais simplement de partager avec vous mon expérience, et de fournir aux curieux quelques pistes pour s’initier à cette belle alliance entre le cigare et les spiritueux.

De Christophe Colomb à Maria-Pia Selva

Le tabac se consomme sur le continent américain depuis des siècles, les autochtones ont trouvé à travers le « cohaba », cet ancêtre du cigare, un moyen de communier avec les Dieux. La rencontre avec l’Occident s’est faite avec la découverte des Amériques par Christophe Colomb. Assez rapidement le tabac est rapporté en Espagne, où sa consommation et son goût vont conquérir l’Europe entière. Les espagnols imposent la production du cigare sur Cuba, où la plante se plait particulièrement bien, et fournit un produit d’excellente qualité. Celle-ci peut s’acclimater à peu près partout, aussi bien dans le sud de la France (en Navarre) que dans les grands états américains producteurs de tabac comme le Connecticut ou la Virginie. Mais rien n’équivaut aux terroirs caribéens : Cuba, République Dominicaine, Honduras et Nicaragua.

Le « Puro » tel que nous le connaissons est inventé à Séville à la fin du 18ème siècle, les grandes marques cubaines apparaissent vers 1810, et vont le perfectionner, ainsi nait le « havane », la coqueluche de toutes les Expositions Universelles de l’époque.

La situation politique cubaine va mettre un coup de frein à cette vertigineuse croissance : la Révolution cubaine en 1959, menée par Castro et Guevara, puis ses conséquences, crise de la baie des cochons, des missiles cubains et enfin l’embargo américain

Malgré ce climat délétère, le cigare trouve son chemin, porté par des ambassadeurs de choix, comme Castro lui-même, puis certains marchands comme le malicieux Zino Davidoff, mais aussi les premiers « influenceurs » de l’époque, Winston Churchill, Ernest Hemingway, Alfred Hitchcock ou encore Orson Welles…

De nombreuses marques ont disparu, mais beaucoup ont survécu à ces aléas historiques, d’autres encore sont nées récemment comme « Flor de Selva ». Arrivée sur le marché en 1995, Maria-Pia Selva a démontré non seulement que le terroir Hondurien avait beaucoup à offrir, mais surtout qu’une femme était tout à fait à même de porter ce genre de projet, ultime pied de nez d’un univers qu’on voudrait enfermer dans un cliché masculin.

Anatomie et Culture du tabac

Le cigare est constitué de trois parties : la tripe, la sous-cape et la cape. Comme leur nom le suggère, la tripe et la sous-cape (qui maintient la tripe) sont le cœur aromatique du « puro » ; elles sont issues des plants de tabac de type « criollo » qui poussent librement au soleil « tabaco de sol ». La partie extérieure quant à elle, la cape, se doit d’être d’un aspect parfait, mais nécessite des qualités de souplesse et d’élasticité propre à son usage. Ces plants de tabac de type « corojo » sont cultivés à l’abri des rayons du soleil, et sont qualifiés de « tabaco tapado ».

Une fois le tabac récolté, celui-ci est classé du pied vers le sommet : le « volado » pour la combustion, le « seco » pour la tripe et la sous-cape aromatique, et enfin le « ligero » constitué des feuilles de sommité ou « corona », qui donne tout le caractère et la puissance au cigare.

Feuilles séchées de tabac

Les feuilles sont ensuite séchées dans la « casa de tabacos », puis subissent deux fermentations successives. La première qui va durer entre 30 et 50 jours va débarrasser le tabac de ses résines désagréables et amener à l’équeutage. La seconde qui va durer entre 45 et 90 jours, améliore encore un peu plus la qualité des feuilles et aboutie à une sélection définitive.

Puis c’est le long temps du vieillissement, une période qui peut durer entre 9 et 24 mois (voir des dizaines d’années dans certaines maisons !), les feuilles achèvent leur maturation, s’adoucissent et gagnent en arômes.

Le « jefe de ligada » véritable maître assembleur, intervient pour sélectionner et définir le style du puro. Comme son homologue viticole, il doit veiller à la cohérence et la régularité de la marque et des modules.

Enfin, au bout de la chaîne se trouve le « torcedor », le rouleur, c’est lui qui va donner vie au cigare, garantir par le choix des feuilles et leur bon agencement, l’homogénéité aromatique et la bonne combustion du module. Le cigare subit ensuite plusieurs contrôles qualité, reçoit sa bague et se conditionne en cabinet.

En vérité le cigare peut être fait « machine », soit monté entièrement mécaniquement (90% de la production mondiale) ou « hecho a mano », un cigare à tripe courte ou hachée, et surtout « hecho totalmente a mano » donc fourni en tripe longue, synonyme de richesse aromatique et de qualité.

Hecho a mano

Les Modules du cigare

Quand on parle de la taille et de la forme d’un cigare, on parle en fait de « module ». Cela revient à parler de temps, car plus le cigare est long, plus il faudra lui consacrer du temps.

La question du diamètre est importante, on pense souvent (à tort) que débuter avec un cigare fin sera plus aisé, mais c’est rarement le cas… Car plus le diamètre est important, plus les gaz de combustion sont dilatés, et moins le cigare est agressif.

La couleur aussi, peut être trompeuse. En effet, elle ne joue en rien sur la puissance du cigare, la cape est principalement là pour maintenir et habiller le cigare, seules la tripe et la sous-cape, ainsi que le terroir définissent la puissance.

L’équilibre et le choix du cigare gravitent autour de ces trois facteurs : la longueur = le temps ; le diamètre = la douceur ; et enfin le terroir = le caractère.

Exemples de modules :

  • Minutos et petit corona : modules courts et faible diamètre, découverte ou petit break
  • Corona (moyen et de diamètre standard) = pas si doux qu’on voudrait le penser, surtout s’il est cubain.
  • Robusto (court/moyen et de diamètre important) = parfait pour débuter, un module équilibré
  • Dalias (ou Churchill) peut être considéré comme un long robusto
  • Toros long et gros, module impressionnant et rassasiant
  • Prominentes ou double corona (aka « le barreau de chaise »)
  • Pyramides, cigare de forme conique, permet une coupe du diamètre de combustion sur mesure
  • Figurados, fermé aux deux extrémités, rare et look vintage

L’importance du terroir pour le cigare

Le terroir, comme pour le vin, c’est le goût du cigare, son profil aromatique, même si dans les terroirs eux-mêmes des différences s’établissent.

Cuba : Puissant, riche et rassasiant, avec des notes boisées, épicées, poivrées, des arômes de miel, de cacao, mais surtout une signature typique terreuse et animale.

République dominicaine : considérés comme généralement plus doux que les cubains, les dominicains sont aussi riches et complexes et globalement de combustion facile. Un bon choix pour s’initier en douceur. a noter que le terroir dominicain rend difficile la production de « corojo » les feuilles de cape sont donc largement importées (Connecticut, Brésil, Équateur…)

Honduras et Nicaragua : voisins aux terroirs proches, on les considère respectivement comme « Dominicain Jr » et « Cubain Jr ». De bonnes affaires rapport qualité/ prix en perspective, et une qualité qui ne fait que grimper. (idem pour l’importation des capes)

D’autres terroirs existent, mais leur qualité est rarement équivalente : Costa Rica, Brésil, Mexique, France, Italie…

De l’usage du « Puro »

  • Conservation : un cigare se conserve idéalement dans un milieu humide et sain, donc si vous ne possédez pas de cave à cigare, il faut achetez du « prêt à fumer ». Choisissez bien votre « civette » (petit nom des lieux de vente de cigares) elle doit être équipée d’un « humidor », qui garantit un taux d’humidité entre 70 et 80%, mais sans moisissures.
  • Choix : le module doit être tendre ; trop sec il se consommera rapidement et la fumée sera âcre et désagréable, a contrario s’il est trop mou, humide, la combustion en sera difficile voir impossible. N’hésitez pas à tâter les cigares, de la tête (partie fermée) vers le pied, afin de vérifier qu’il n’y ait pas de « nœuds » (surtout au niveau de la tête).
  • L’allumage : On privilégie les allumettes longues (parfois capricieuses en extérieur…), mais un briquet fait aussi bien l’affaire. On évitera en revanche les briquets à essence, type zippo, au risque de laisser un goût de « gazoil » dans son cigare (donc pas de trip « Wolverine »)

Le mariage des spiritueux et du cigare

Les cigares et les spiritueux font plutôt bon ménage, et peuvent dans certains cas aboutir à des accords majeurs et se sublimer en mettant en valeur des caractéristiques réciproques.

Par expérience voici les critères objectifs qui me servent de base pour élaborer mes associations.

Premièrement prendre en compte que fumer un cigare fait monter la température en bouche, voir pour certains tabacs poivrés cela peut agresser le palais. Je privilégie donc les spiritueux proches des 40% ABV, plutôt ronds, doux et gras, pour le confort. A moins d’être un vétéran du cigare, associer un double corona cubain et un armagnac brut de fût, est une opération périlleuse…

Chacun jugera de la délicatesse de son palais et placera le curseur de la puissance là où il lui semble adapté.

Ron et rhum : le local de l’étape

Le cigare étant caribéen le rhum tombe sous le sens. L’association avec la production de style hispano-cubaine de solera fait des miracles. C’est l’accord facile, Abuelo, Zacapa ou Santa Teresa… Attention cependant au sucre, qui rend la bouche pâteuse et renforce la sensation asséchante du cigare. Les styles anglo-saxons et français sont abordables tant qu’ils sont âgés et bien élevés. Les rhum « grand arôme », et les agricoles blancs sont difficiles, mais peuvent faire des miracles.

Brandies : la « French Touch »

Le cognac et le cigare s’associe aisément : douceur et rondeur. Un XO avec du rancio répondra parfaitement à la richesse terreuse et animale d’un cubain classique, tandis que le fruit et la fraîcheur d’un VS mettront en valeur le terroir Dominicain. Mon coup de cœur va au pineau des Charentes, qui lorsqu’il est âgé possède toute la richesse des vieilles eaux-de-vie, avec une buvabilité accrue.

Pour l’armagnac, je privilégie les très vieux millésimes ou les assemblages hors d’âges. L’alcool a perdu sa fougue, et laisse place à une palette d’épices qui fait des étincelles aussi bien avec les cubains, qu’avec les audacieux nicaraguayens.

Enfin, sans être des brandies, les vins de xérès (ou sherry) sont des partenaires à ne pas négliger, riches, gourmands, équilibrés. Gare tout de même aux « finos » trop secs ou aux « PX » trop liquoreux…

Whiskies : Modern Love

La famille des whiskies étant particulièrement bigarrée, je privilégie les volumes alcooliques maitrisés, la rondeur et le gras des vieux assemblages, qu’ils soient de grains ou de malt. Fûts de sherry comme fûts de bourbon, le trio whisky, cigare et verre d’eau gazeuse peut vous amener loin dans la soirée…

Attention aux associations malt tourbés/ cigare, l’idée de fumé sur fumée peut tourner à l’incendie, surtout si celui-ci est « cask strengh ». Une solide expérience des deux est nécessaire pour ce type de ménage.

Agaves : l’autre local de l’étape

Si les tequila et mezcal « joven » sont délicats à associer, en revanche les « reposados » et autres « añejos » sont largement plus dociles. Un robusto hondurien, floral et aromatique sera idéal, mais attention encore aux degrés alcooliques et à la fumée encombrante de certains Mezcals.

Cocktails: de la Haute Couture

L’évidence de cette rencontre est basée sur différents facteurs. D’abord, la mixologie permet d’adapter la puissance, la douceur et l’acidité à votre palais. Ensuite, la dilution et la glace sont largement appréciables, spécialement lorsqu’on attaque un grand module. Enfin, si le « old fashion », le « Pierre Collins » ou le « Rob Roy » ne vous ont pas complètement satisfait, touchez-en un mot à votre barman, croyez-moi, il n’y a pas plus joueur et curieux que ces gens-là ! 

Retrouvez Hugo Plault, auteur de cet article, lors de nos formations WSET spécialisées sur les spiritueux.

A toutes fins utiles, cet article n’a pas vocation à faire l’apologie du tabac mais bien à découvrir le cigare, son histoire et le mariage intéressant fait avec les spiritueux. Outre l’effet sur l’entourage du tabagisme passif, fumer le cigare comporte des risques pour la santé du consommateur.

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